La fortune des Rougon, Emile Zola (1871)


« En ce soir du 3 décembre 1851, ils courent, Miette et Sylvère, à travers la campagne qui entoure Plassans. Ils courent, ces deux enfants pauvres, avides d’amour et de liberté, rejoindre les paysans, les forestiers, les ouvriers, qui s’avancent vers la petite ville, la Marseillaise à la bouche. A Paris, Louis-Napoléon veut rétablir l’Empire ; eux, ils veulent défendre la République !

Plassans, cité close et dévote, voit passer avec effroi la « bande », armée de faux et de cognées. Plassans où depuis des années s’affrontent les Rougon et les Macquart : avidités sordides, hérédité déjà écrasante.

Miette brandit le drapeau rouge trop lourd pour elle, Sylvère la soutient, ils marchent tous vers Orchères qui leur fera fête.

Venue de Marseille, l’armée avance, à marches forcées… »


C’est le premier Zola que j’ai lu et j’ai adoré. J’avoue que me lancer dans le premier tome de la série des Rongon-Macquart me faisait peur mais sa lecture m’a permis de réaliser quelque chose d’important.

En fait, je me suis rendue compte que j’étais devenue très réticente à lire les classiques français car mes expériences de collège et de lycée m’en avaient laissé un mauvais souvenir. Les textes étaient trop complexes alors pour que je puisse les comprendre et les apprécier. Je n’étais en réalité pas incitée à développer une réflexion propre et un intérêt autour de ces classiques. En effet, ils nous sont présentés comme des chefs d’œuvres intouchables qui doivent presque être vénérés, des textes dont on ne pourrait pas comprendre toutes les subtilités, nous, apprentis de la vie.

Je pense que nous « contraindre » à lire des textes qui demandent certaines connaissances et réflexions pour les comprendre sans nous montrer que l’on peut y trouver du plaisir dessert l’image que ces livres auront dans l’esprit des futures générations. Il faudrait rendre les lectures plus ludiques et moins sacralisées pour que l’on soit incités à lire davantage.

J’ai conservé cette vision de classiques français incompréhensibles voire inaccessibles pendant des années avec une certaine honte et frustration pour moi, passionnée de lecture.

Peut-être ai-je dû attendre d’atteindre une certaine maturité réflexive pour les apprécier ? Je ne le sais pas, mais j’aimerais croire qu’on peut apprécier la lecture des classiques lorsque l’on est plus jeune si la communication autour de ceux-ci se fait plus relaxée.

En tout cas, grâce à Zola et La fortune des Rougon, j’ai pu apprécier une œuvre d’une richesse historique et descriptive très méticuleuse. C’est un roman dévastateur où nos émotions sont mises à rude épreuve. Les personnages sont si profonds dans leurs sentiments et dans leurs actes qu’on les croirait réels. Emile Zola nous parle d’Histoire, de mouvements de masses, de révolutions, de morts, mais aussi et surtout de relations humaines, des plus belles et pures aux plus atroces et cruelles. Au fur et à mesure du récit, l’intrigue et les personnages de la famille des Rougon-Macquart se dévoilent et prennent sens pour poser les bases d’une fresque qui s’étendra sur plusieurs générations.

Bien que les phrases soient riches en description et parfois longues, elles ne sont pour autant pas difficiles à comprendre selon moi, et je ne me suis pas retrouvée dans la situation que je redoutais : devoir recommencer à lire un paragraphe voire une page entière parce que je ne l’avais pas compris.

Si les classiques de la littérature française vous font peur, je vous invite vraiment à les appréhender comme des livres, tout simplement et non comme des œuvres magistrales où il faut réfléchir au sens caché de chaque phrase. On peut les lire pour se divertir, tout simplement. Si leur lecture vous permet d’amorcer une réflexion, tant mieux, mais sinon tant pis, rien de grave, aucune honte à avoir. Et même si l’on ne comprend pas tous les mots au début, c’est à force de découvrir de nouveaux styles et lexiques, que l’on a le droit d’apprécier ou non d’ailleurs, que l’on élargit son champ de connaissances, de possibilités et de réflexions autour des livres.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s