Le travailleur de la nuit, Matz et Léonard Chemineau (2017)


« Vous savez qui je suis : un révolté, vivant du produit de ses cambriolages. La société ne m’a accordé que trois moyens d’existence, le travail, la mendicité et le vol.

Le travail, loin de me répugner, me plaît. Ce qui me répugne c’est de suer sang et eau pour l’aumône d’un salaire. La mendicité, c’est l’avilissement, la négation de toute dignité. Tout homme a droit au banquet de la vie. »


J’ai pioché cette BD un peu par hasard à la bibliothèque car les dessins m’avaient attirée. Je ne connaissais pas du tout l’histoire d’Alexandre Jacob et je ne savais même pas qu’il avait réellement existé. Et cela a rendu son histoire encore plus forte et émouvante.

L’histoire commence avec son procès : on découvre un homme fautif mais sûr de lui qui utilise l’humour et l’ironie avec dextérité même dans une situation périlleuse. Puis le flash-back où il relate toute l’histoire de sa vie commence. La BD est divisée en cinq parties : chaque partie commence avec quelques pages nous ramenant au présent du procès puis la continuité du flash-back reprend jusqu’à ce que présent et passé se confondent. J’ai beaucoup aimé cette structure très fluide qui laisse planer le suspens de l’avant et de l’après-procès.

Le personnage d’Alexandre Jacob est tout à fait fascinant. C’est un criminel, on le sait dès les premières pages, et pourtant on ne peut s’empêcher de le comprendre, de partager ses idées et de l’apprécier. Tout d’abord petit garçon courageux qui s’en va braver les dangers de la mer en tant que marin, il fait face à des moments difficiles et découvre la dure réalité du monde et de ses oppressés. De ces désillusions naissent des idées de révolutions. Il se fait entraîner dans un mouvement anarchiste mais reste pourtant lucide : ils ne se retrouvent pas dans les extrêmes qu’ils soient conservateurs ou communistes. C’est cette lucidité et cette maîtrise de soi qui rendent le personnage si spécial et charismatique. C’est un personnage très ambivalent aux actions parfois violentes, allant du vol jusqu’au meurtre, qui fait naître beaucoup d’émotions et engendre une réflexion voire une remise en cause sur la société qui nous entoure et nos agissements.

« – Et vous, vous avez aussi envie de poser des bombes et de tuer des gens ?

– Non. Mais changer le monde, ça oui. »

Les dessins sont simples et sublimes à la fois. On voyage à travers le monde et la vie d’Alexandre Jacob avec de belles couleurs et de beaux paysages dessinés avec précision. J’avais l’impression de suivre un dessin animé autobiographique tellement tout s’enchaînait à la perfection. Les foules sont très bien représentées et les scènes de combats et de violence prennent aux tripes, les dessins devenant alors un peu plus expérimentaux pour en dépeindre l’atrocité.

Pour conclure je dirais que Le travailleur de la nuit est une histoire pleine d’humanité dans ses bons comme ses mauvais côtés. On fait face à la générosité, l’espoir, la violence, l’amour et la haine.

Un voyage plein d’aventures et de réflexions.

Et puis j’ai lu Jules Verne et j’ai commencé à traîner sur les docks.

J’avais envie d’aller voir de l’autre côté de l’horizon.

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