Le Roi et l’Oiseau, Paul Grimault et Jacques Prévert (1980)

Aujourd’hui, je vous parle de l’un de mes films d’animation préférés, si ce n’est mon préféré.

Le Roi et l’Oiseau raconte l’histoire du Roi Charles V et III font VIII et VIII font XVI de Takicardie. C’est un tyran qui n’hésite pas à éliminer toute personne qui l’indispose. Il vit dans un château immense et très complexe où tout le monde doit obéir à ses ordres. Le seul qui lui fait de la résistance, c’est l’Oiseau. Sa femme a été tué lors de l’une des parties de chasse du Roi et depuis il n’hésite pas à insulter ce dernier et lui mener la vie dure dès qu’il en a l’occasion. Ces frictions vont se complexifier avec l’apparition de deux autres personnages : la Bergère et le Ramoneur (c’est le titre du conte d’Andersen dont est inspiré le film). Tout droit sortis de deux tableaux ces deux jeunes amoureux vivent un amour interdit. Le Roi veut épouser la Bergère et se débarrasser du Ramoneur à tout prix.

Ce dessin animé, je le regarde depuis que je suis toute petite. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai continué de le regarder pendant des années alors que je ne comprenais absolument rien à l’histoire… C’est peut-être ça le génie de cette œuvre : un film qui parle aux petits et aux grands. Quoi qu’il en soit bien que j’aie délaissé le Roi et l’Oiseau durant mon adolescence, je l’ai revu plus tard et ce fut un coup de cœur absolu. J’ai enfin compris l’histoire (bien qu’il y ait toujours des parts d’ombre) et découvert toute sa profondeur, sa poésie et ses revendications.

Le film est inspiré de la Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen (un auteur qui a inspiré de nombreux Disney également, dont la Petite Sirène), mais ici c’est bien le Roi et l’Oiseau qui prennent le plus de place. Le Roi représente la tyrannie et l’oppression alors que l’Oiseau représente la liberté et la rébellion. Paul Grimault fait ici une parodie et même une satire du tyran avec une apparence caricaturale : des yeux qui louchent, une petite taille, des gestes maniérés et efféminés. Il ne peut jamais être contredit ou contrarié pour quoi que ce soit au risque de faire avaler les importuns par le sol de son mystérieux château. Ainsi tout ses caprices sont exaucés, même les plus ridicules.

Durant toute la première partie du film, l’Oiseau semble être le seul à voir le Roi pour ce qu’il est vraiment (ou en tout cas à y réagir), ce qui fait que l’on se place plus de son point de vue. Puis, pour pouvoir vivre leur amour, la Bergère et le Ramoneur se rebellent aussi : ils s’enfuient et deviennent des hors-la-loi. L’Oiseau se prend d’amitié pour eux et les aide. Même si l’histoire tourne autour d’eux, la Bergère et le Ramoneur ne sont que des personnages de second plan : ils ne parlent presque pas et se contentent de fuir (on ne leur accordera d’ailleurs même pas une scène de fin pour clôturer leur histoire). Ainsi, l’accent et plutôt mis sur le contexte général de cette course-poursuite.

On découvre la ville basse et la misère du peuple qui n’a jamais vu le soleil et ignore tout du monde. La folie du tyran se révèle dans toute sa splendeur avec l’utilisation d’un robot géant comme arme de destruction. Il n’hésite pas à détruire toute la ville et à traiter son peuple comme de la vermine pour un caprice qui prend des mesures complètement disproportionnées.

Mais avant de tout détruire, le Roi réussi à faire emprisonner le Ramoneur et l’Oiseau et les force au travail en expliquant à la Bergère que « Le travail c’est la liberté », une affirmation bien ironique pour quelqu’un qui n’a jamais travaillé de sa vie. On voit bien ici une critique des travails difficiles à l’usine avec une production à la chaîne rapide et infinie de statues à l’effigie du Roi. Le travail acharné de centaines de personnes pour les désirs d’une seule.

Les animaux sont étrangement mis en avant et semblent plus sages et compatissants que les êtres humains. L’Oiseau se rebelle, il élève seul ses oisillons et aide la Bergère et le Ramoneur. Le chien du roi aide et protège les oisillons de l’ennemi de son maître. Les fauves dans les souterrains aiment la musique et renoncent à manger le Ramoneur et l’Oiseau après avoir été ramenés à la raison par ce dernier.

La scène de fin est selon moi vraiment mythique : à chaque fois, elle me procure une forte émotion. Le robot qui était totalement sous le contrôle du Roi semble avoir été doté d’une âme par l’esprit de liberté de l’Oiseau. La destruction de la cage est un très fort message de liberté.

Enfin, comment ne pas finir sur la bande-son magnifique de ce film. Toutes les musiques partent de la même phrase qui évolue pour donner tour à tour une atmosphère nostalgique puis angoissante ou encore pleine d’action. Elle contribue très largement à la beauté et la poésie du dessin animé.

J’aime beaucoup ce film car il porte des messages forts avec une jolie histoire et une superbe animation et bande-son. Je suis prise dans le film du début à la fin avec une sorte de fascination un peu étrange qui remonte à l’enfance et que je ne saurais expliquer. Certains trouvent que c’est un film étrange et un peu soporifique car il y a peu de dialogues. Je le comprends car certains films me font également cet effet mais cela ne m’arrive vraiment jamais avec celui-là. Je l’adore.

(À noter que c’est aussi un film qui a énormément influencé les géants de l’animation que sont Hayao Miyazaki et Isao Takahata)

La bande-annonce :

J’espère que j’aurais convaincu certains d’entre vous de le voir ou de le revoir.

Dites-moi en commentaire si le Roi et l’Oiseau vous tente et si vous l’avez vu, votre avis m’intéresse beaucoup.

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