Danse, Morob (2016) / Et les colosses tomberont (2018), Laurent Gaudé

Après avoir regardé l’émission de La Grande Librairie de mercredi dernier consacrée à Laurent Gaudé, j’ai eu envie de découvrir cet écrivain engagé que je ne connaissais pas du tout. J’ai envie de vous parler des deux premières pièces de théâtre que j’ai lu de lui : Danse, Morob (2016) et Et les colosses tomberont (2018) publiées chez Actes Sud. Chaque œuvre fait référence à un contexte historique très virulent où l’auteur dépeint une fiction mêlée à un réalisme émotionnel saisissant.

Danse, Morob


Résumé : « La fille de Morob cherche à connaître la vérité sur la mort de son père, héros de la dirty protest, épisode historique de la lutte irlandaise de l’IRA survenu entre 1978 et 1980. Elle va d’abord voir ceux qui ont déterré son cadavre, les matons de la prison de Long Kesh dont les prisonniers en grève de la faim badigeonnaient les murs de leurs excréments. Mais ils lui apprennent que le mort n’a jamais été mis en terre. Elle se lance alors à sa recherche. »


Avant de lire cette pièce, je ne connaissais pas la prison de Long Kesh et son histoire. Et, à peu près comme toute l’histoire de la révolution en Irlande, c’est… horrible. Pour protester contre leurs conditions de vie en prison, les prisonniers politiques décident de ne plus se laver et refusent de porter l’uniforme des prisonniers. Ils peignent les murs avec leurs excréments pour rendre leur vie et celle des gardiens insoutenables, mais surtout pour se faire entendre. L’histoire que raconte Laurent Gaudé part de cet évènement historique réel.

Le personnage principal, c’est « Elle », une femme dont on ne connaît ni l’âge ni le nom (ou peut-être que c’est « Elle » tout simplement ?). Elle n’est pas décrite, mais pourtant j’arrive à l’imaginer : elle vit un peu à la manière d’une sauvageonne dans une forêt entourée de ses chiens. Mais elle décide de sortir temporairement de cette vie-là en apprenant que le corps de son père mort a été déterré… Pour apprendre qu’il n’a en fait jamais été enterré.

Son père, c’est Morob. Il a été l’un des prisonniers politiques de Long Kesh et y a vécu l’enfer… Au point d’en perdre la tête et les mots. Alors qu’elle part à sa recherche, Elle va en apprendre plus sur son père, au travers des vivants avec le vieux Seamus mais aussi des morts avec sa mère. Tout le monde semble penser que Morob est un fou et un traître qu’il faut oublier, et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont décidé d’enterrer sa mémoire. Mais Elle est la seule qui semble le comprendre. Elle arrive à le retrouver là d’où elle vient, dans la forêt. Elle qui vit entourer par des chiens, elle comprend son père qui a décidé de s’éloigner de tout aussi. De la folie des hommes peut-être ? Tous deux semblent en communion avec la nature, où ils pourront peut-être trouver une rédemption.

L’histoire de Laurent Gaudé est assez troublante mais également fascinante. Il a écriture très particulière pour dépeindre une vie sale et terre à terre, presque sauvage (la nature et la notion du sol sont très importantes) et la nature humaine. Morob a vécu quelque chose de terrible au point de perdre ses caractéristiques humaines et de retourner à la nature comme un animal (il en perd presque la capacité de s’exprimer). Étrangement, sa fille qui a vécu son histoire de l’extérieur et ne la plus revu depuis des années adopte un comportement et un mode de vie assez similaires. Mais je n’ai pas d’explication sur cela. Peut-être que vous en avez une idée ?

J’ai bien aimé cette pièce qui se lit très rapidement, qui m’a appris des choses et m’a fait réfléchir mais j’ai encore plus aimé l’autre pièce que j’ai lu : Et les colosses tomberont.

En savoir plus sur l’histoire de la prison de Long Kesh et des protestations : https://www.guide-irlande.com/sites-touristiques/long-kesh/

Et les colosses tomberont


Résumé : « Un homme, que la dureté de la vie dans un pays dirigé par l’arbitraire et la corruption pousse à bout, s’immole au milieu d’une rue. Ailleurs, dans la même ville ou peut-être pas, un enfant devient peu à peu aveugle. Le premier est l’étincelle qui embrase les foules, la goutte d’eau qui devient un torrent de contestation sans frontière qu’on appellera le “printemps arabe”. Le second sera érigé en symbole de la révolution qui ne laisse personne derrière elle. »


Le contexte historique et géographique est différent, mais la révolte, elle, est toujours présente. Laurent Gaudé raconte les prémices et la montée en puissance du printemps arabe commencé en 2010 en Tunisie. Il donne la parole au peuple et dépeint la foule avec quelques focus sur des personnages, ou j’ai envie de dire des personnes, tant ils semblent réels. Ils ont tous une vie différente, des peurs, ils ne se connaissent et pourtant ils se rejoignent tous pour une révolte populaire colossale (c’est le cas de le dire ici car ils se révoltent contre les colosses que sont les dictateurs). Comme un chant, l’auteur arrive à décrire l’union de toute cette masse avec tant de soin que j’avais l’impression d’y être et de crier avec eux.

Son récit est rythmé comme une vague avec des hauts et des bas, et surtout une grosse tension car l’union du peuple est à la fois forte et fragile et l’on ne sait pour combien de temps elle va tenir.

« Car à la fin, celui qui tiendra la rue tiendra le pays. »

C’est encore une pièce ici très courte, mais où chaque mot, chaque ligne est méticuleusement choisi. En quelques phrases, l’auteur m’immerge dans son récit et me transporte. J’y ressens la joie et l’excitation comme la peur et ça fait réfléchir. Encore une fois.

Je trouve que l’auteur a beaucoup de courage de s’embarquer dans des sujets historiques sensibles. Je pense que c’est important car en à peine cent pages avec ces deux pièces réunies, l’auteur m’a fait réaliser des choses au travers de son écriture précise et poignante.

Connaissez-vous Laurent Gaudé ? Avez-vous d’autres de ses œuvres à me conseiller ?

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