Quatre lectures légères de mon été


Aujourd’hui, j’ai envie de vous faire part de quatre lectures que j’ai pu faire cet été et que j’ai particulièrement appréciées. Le Secret de la Manufacture des Chaussettes Inusables, Casanova était une femme, Le passage de la nuit et Journal du dehors n’ont pas grand chose à voir ensemble tant dans leur histoire que leur style d’écriture, mais il me semblait intéressant de les mettre ensemble car ces lectures ont été pour moi assez « légères » et faciles à lire.

Et il y a des moments où on en a tous besoin, je crois.


Le Secret de la Manufacture des Chaussettes Inusables, Annie Barrows (2015)

Résumé :

« Ce n’était pas le projet estival dont Layla avait rêvé. Rédiger l’histoire d’une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines.
Et pourtant…
Eté 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d’une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville.
L’été s’annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a… La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l’enfance… La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu’elle aimait… Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville.
De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l’existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées. »

Mon avis :

Le secret de la manufacture des chaussettes inusables est un titre qui éveille la curiosité. En lisant le résumé, je m’attendais à lire une histoire dont Layla serait la narratrice et où l’on découvrirait l’histoire de son point de vue. Il n’en fut pas le cas et j’ai pu découvrir une histoire très riche tant dans l’histoire, les émotions, la narration et les rebondissements qui la caractérisent.

On suit le récit selon différents points de vue qui souvent se croisent et se mêlent : celui de Layla, Jottie et Willa.

Willa, jeune fille de douze ans, fut mon coup de cœur. Elle me fait beaucoup penser à Scout de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, un livre que j’adore. Son regard aussi innocent qu’incisif et perspicace apporte beaucoup de fraîcheur et de piquant.

Dans les livres – même dans Les Heureux et les Damnés -, tout était lié. Les gens faisaient une chose qui en entraînait une autre. Mais en dehors des livres, dans le monde réel, les choses semblaient se produire sans que je puisse en saisir la raison. Il n’y en avait peut-être pas.

Si le volume du roman me décourageait un peu dès le départ (plus de six cents pages), j’ai très vite été prise dans cette histoire d’enquête et de découverte dévoilant des liens très complexes entre les habitants de la ville de Macédonia.

Le paysage de la Virginie occidentale est très dépaysant, sans compter toutes les références à l’histoire des Etats Unis des années 1930.

J’ai beaucoup aimé également les personnages de Layla et Jottie, deux femmes très différentes qui vont évoluer au fil de l’histoire pour au final devenir plus en accord avec elles-mêmes et oser s’affirmer telles quel.

Elle enveloppa la jeune femme d’un long regard approbateur. Peut-être qu’elle ne se résumait pas à ce joli minois. Peut-être qu’il y avait un peu de tempérament derrière tout ça.

Le travail de rédaction de Layla apporte une réflexion intéressante sur l’écriture de l’Histoire, la vérité, et la neutralité de points de vue qui semble bel et bien impossible.

Ce roman fut pour moi une parfaite lecture d’été avec tous les ingrédients qu’il faut pour passer un moment délicieux.


Casanova était une femme, Régine Deforges et Sonia Rykiel, illustré par Claire Bretécher (2006)

Résumé :

« … Silence on tourne. On tourne quoi ? L’histoire d’un intrigant, un libertin, un présomptueux, un fou de sexe, de prouesses, un pantin érotique. Mais personne ne le sait. La vérité c’est que Casanova était une femme. C’était Giulietta ou Monica ou Claudia qui se donnait à corps perdu, qui se jetait dans les bras des hommes pour, après, aller se cacher derrière les arbres à l’entrée de Rome. Les fameux arbres où, au début de l’hiver, il y a des fagots qui brûlent.
Là-bas, ces femmes, ils les appellent les lucciole.
Je t’aime.
Bon voyage. Prends soin de toi… »  

Deux femmes que tout expose à la lumière des médias échangent une correspondance intime et secrète pendant près de trois années. Pourquoi, à l’heure des contacts rapides, ont-elles choisi de s’écrire plus de cent lettres ? La réponse est dans leurs échanges. Et derrière leur crinière flamboyante et leur réussite exemplaire se profile une part de nous-mêmes.

La dessinatrice, Claire Bretécher apporte son sourire à cette rencontre exceptionnelle.

Mon avis :

J’ai été attirée par le titre de ce livre : Casanova était une femme. Cela me semblait être une belle promesse intrigante. Puis j’ai vu qu’une des co-autrices était Régine Deforges, l’écrivaine de la série La Bicyclette Bleue qui fait partie de mes lectures les plus marquantes. C’est donc sans hésitation que j’ai sauté le pas, confortée par le talent de cette autrice que j’adore.

Ce livre rassemble les échanges épistolaires entre Régine Deforges, écrivaine, et Sonia Rykiel, couturière et designer. Au fil des pages, on découvre les pensées et questionnements de deux femmes incroyables, fortes et émouvantes à la fois. Leur façon de s’écrire et de s’adresser à l’autre est franche, tendre et piquante. Leurs réflexions sur la vie, leur carrière et la société reflètent leurs esprits d’artistes. Tour à tour inspirées et pleines d’entrain, elle se montrent aussi désemparées, perdues et déprimées.

Alors, tu m’oublies ou c’est la politique qui t’absorbe ?

Lâche-la, elle se fout de nous, ne s’occupe pas de nous, de ce que l’on pense, de ce que l’on dit, de nos pétitions, de nos demandes.

J’ai honte de regarder tous les jours les mêmes drames, les mêmes images, et d’être là, comme une pomme, à me prendre la tête entre les mains, à me la taper contre mon coussin. J’ai beau me dire qu’il faut bouger beaucoup pour remuer un peu… c’est lourd, trop lourd aujourd’hui. Je pense à toi.

Je trouve que la publication de leurs lettres privées, accompagnées d’illustrations drôles et mignonnes, montrent une réelle authenticité dans leurs propos. Leurs mots sont très intimes et on se sent privilégiés d’y avoir accès.

Chaque lettre sonne comme un petit bijou que l’on aurait envie de garder précieusement pour les relire plus tard… Grâce à ce livre, j’ai pu redécouvrir la beauté et l’intérêt des lettres écrites. Il en ressort une belle poésie et un dévoilement qui ne se prête plus trop aux sms ou à internet.

Comme moi, tu as remarqué que le désir des filles fait le plus souvent peur aux garçons ?


Le Passage de la Nuit, Haruki Murakami (2008)

Résumé :

« Dans un bar, Mari est plongée dans un livre. Elle boit du thé, fume cigarette sur cigarette. Un musicien surgit, qui la reconnaît.

Au même moment, dans une chambre, Eri, la sœur de Mari, dort à poings fermés. Elle ne sait pas que quelqu’un l’observe.

Autour des deux sœurs vont défiler des personnages insolites : une prostituée blessée, une gérante d’hôtel vengeresse, un informaticien désabusé, une femme de chambre en fuite. Des évènements bizarres vont survenir : une télévision qui se met brusquement en marche, un miroir qui garde les reflets.

A Tokyo, le temps d’une nuit, va se nouer un drame étrange… »

Mon avis :

J’avais depuis longtemps envie de découvrir la littérature japonaise… Et j’avais beaucoup entendu parler de Haruki Murakami, cet auteur japonais contemporain vendant des millions de livres dans le monde entier.

Je suis tombée sur Le Passage de la Nuit à la bibliothèque. Je trouvais le titre très beau et me suis dit « pourquoi pas ? ».

Ce livre fut une jolie découverte. On y retrouve les thèmes apparemment chers à l’auteur : le « réalisme magique », l’étrange, la musique … Pour le temps d’une nuit, j’ai été plongée dans une atmosphère sombre et onirique. Le narrateur et le point de vue décris sont comme une caméra qui glisse lentement de lieux en lieux et de scène en scène. On perçoit les pensées des personnages avec de la distance, comme si on les observait discrètement.

L’auteur illustre presque toujours l’ambiance d’une scène grâce à une musique ou un genre musical, chose qu’il aime apparemment faire dans la plupart de ses livres. Je trouve que c’est le genre de détail très important qui permet de s’immerger dans l’histoire et d’y apporter une touche beaucoup plus tangible et réaliste car la musique, c’est quelque chose que tout le monde écoute qu’on le veuille ou non (radio, magasin…).

La musique d’ambiance, légère, c’est « Go away, Little Girl » par l’orchestre de Percy Faith. Personne ne l’écoute, bien sûr. Toutes sortes de gens prennent un repas le soir au Denny’s, mais la fille est la seule cliente non accompagnée.

Les thèmes sont parfois durs, comme ici la violence, le viol, la solitude, la mélancolie, la jalousie, mais apportés par une écriture simple et légère avec quelques jolis passages qui font de cette œuvre un livre à la fois beau et hypnotisant.

L’auteur surfe sur la ligne du fantastique avec des personnages et contextes mystérieux et angoissants qui restent sans explication. Il règne alors une atmosphère de doute sur l’histoire où absolument tout peut arriver.

A force d’observer Eri Assaï qui dort, l’œil sent progressivement qu’il y a quelque chose d’inhabituel dans ce sommeil, d’une pureté extrême, d’un accomplissement absolu. Pas un muscle du visage, pas un cil ne frémit. Le cou fin et blanc, un objet d’art d’où émane une parfaite sérénité. Le menton, petit, présente des angles tout à fait harmonieux. Même dans un état de sommeil profond, personne ne s’aventure aussi loin. Personne ne lâche à ce point les rênes de son esprit.

Le passage de la nuit fut une jolie première rencontre avec Haruki Murakami et si vous avez d’autres de ses œuvres à me conseiller, je serai ravie de m’y plonger.


Journal du dehors, Annie Ernaux (1995)

Résumé :

« De 1985 à 1992, j’ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R, les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis.

Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l’époque et des gens qu’on croise juste une fois, dont l’existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur. »

Mon avis :

J’ai trouvé ce court livre absolument passionnant ! C’est le premier livre que j’ai lu d’Annie Ernaux et ce fut un très beau coup de cœur qui me donne envie de découvrir plus de textes de l’autrice.

Pendant des années réunies en une centaine de pages, Annie Ernaux capture des moments de vie pour les retranscrire avec son regard d’observatrice (et d’observatrice seulement car elle ne s’immisce jamais dedans).

Elle raconte les scènes crument avec des phrases précises, presque incisives. Elle transpose la vie ordinaire pour en faire un objet de contemplation et de réflexion.

Et ce livre m’a effectivement bien fait réfléchir car ces scènes de supermarché et de transports en commun, j’en suis régulièrement témoin moi-même mais je ne m’attarde pas dessus, car elles sont si nombreuses qu’on les oublie. Pourtant ce sont bien ses moments-là qui vont bien souvent rythmer mes journées et mon quotidien et j’aimerais y prêter plus attention maintenant pour mieux comprendre le monde dans lequel je vis et réfléchir à mes réactions et comportements.

Annie Ernaux n’a en aucun cas un regard ou un but moralisateur dans son texte. Elle observe tout simplement et ne fait rien elle-même. Au lecteur d’en tirer des conclusions.

Journal du dehors (un titre simple et direct en adéquation avec le texte) est un texte qui se lit avec avidité et m’a fait redécouvrir cette vie de tous les jours que je pensais connaître. Il m’a même donné envie de tenir mon propre journal d’observation de ce qui m’entoure.

Certaines phrases ou situations sont très crues voire violentes mais c’est bien ça la vie aussi, surtout dans les quartiers que l’autrice aime tant décrire et explorer.


N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous avez lu ces livres et ce que vous en avez pensé !

Avez-vous des lectures « légères » comme celles-ci à me conseiller ?

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