Une femme inspirante – Ma vie sur la route de Gloria Steinem


Résumé : « Journaliste, militante, Gloria Steinem est une figure de la lutte pour les droits des femmes et les droits civiques aux États-Unis. Pendant toute sa vie, elle a silloné l’Amérique pour aller à la rencontre des autres. Ma vie sur la route est le récit autobiographique de plus de cinquante ans de combats, depuis la cause amérindienne à l’avortement en passant par le tourbillon de la campagne politique de Hillary Clinton ou encore les droits de la communauté gay. Une ode à l’intranquilité qui nous pousse à partir à l’aventure. »


Avant de lire ses mémoires, je ne connaissais pas vraiment Gloria Steinem et je n’avais entendu son nom pour la première fois que depuis peu. J’ai vraiment adoré découvrir cette femme incroyable et si inspirante : elle a aujourd’hui 85 ans et a donc vécu une bonne partie du XXème siècle et assisté et participé à la lutte pour les droits des femmes et les droits civiques en général aux Etats-Unis.

Je suis vaccinée contre les politiciens qui clament : « J’ai parcouru notre grand pays en long, en large et en travers, et je sais que… » Ce pays, je l’ai sillonné plus qu’aucun d’entre eux et je ne sais rien du tout.

Son autobiographie est ainsi extrêmement riche racontant les principales étapes de son parcours de community organizer et les innombrables rencontres qui ont marqué sa vie. Tout a commencé lors de son enfance atypique passée à voyager en voiture à travers les Etats-Unis avec au volant un père nomade qui revendait tout plein d’objets sur les brocantes mais qui n’aurait troqué sa liberté pour rien au monde.

C’est à l’époque où j’étais correctrice à temps partiel pour payer mon loyer que je compris que j’étais véritablement la fille de mon père. Au début, je pouvais travailler de chez moi, ce qui me convenait très bien, mais le jour où j’appris que je devrais désormais me rendre au bureau deux jours par semaine, je démissionnai.

Gloria Steinem a aidé à organiser ou plus simplement assisté à de grands évènements historiques tels que le célèbre discours de Martin Luther King mais ses mémoires sont aussi marqués de nombreux échanges beaucoup plus intimistes et de rencontres en petits groupes qui prennent tout autant de place dans son parcours.

L’autrice est une femme courageuse représentant aujourd’hui tout un symbole mais qui montre aussi dans ses écrits beaucoup de vulnérabilité et d’humanité. Elle qui a parlé devant des milliers et des milliers de personnes pour entamer des discussions sur des sujets aussi diverses que variés avait à la base une peur bleue de parler en public et ne pouvait le faire seule à ses débuts. Elle raconte ces fois où assistant à une situation qui la révoltait, elle ne s’est pas sentie capable de répondre et de discourir comme elle l’aurait voulu car elle sentait que si elle s’énervait elle se mettrait à pleurer (combien de fois cela m’est arrivé).

C’est cette force mêlée à cette sensibilité qui m’a profondément touchée chez Gloria Steinem. Elle donne espoir en prouvant que chaque femme et chaque homme peut avoir un rôle important à jouer s’il décide de prendre les rênes et de porter ses idées à la rencontre du plus grand nombre. Chaque petit moment de la vie de l’autrice, chaque voyage, chaque rencontre, chaque accident ou hasard l’ont construite et lui ont appris quelque chose. L’exemple le plus frappant serait sûrement la raison pour laquelle elle n’a jamais passé son permis et n’a donc jamais possédé de véhicule : toutes les discussions et les rencontres qu’elle a pu faire en taxi ou en transports en communs constituent la base de tout ce qu’elle a pu voir et apprendre de plus direct avec toutes sortes de populations (elle conseille d’ailleurs à tous les politiciens de discuter avec les chauffeurs de taxi). Elle a ainsi pu en découvrir long sur la politique ou la situation d’un pays en seulement quelques discussions avec des gens qui entendent beaucoup de choses tout au long de leurs journées de travail.

Notre chauffeur, une vieille Irlandaise – la seule que j’ai eue -, se retourne vers nous à un feu rouge et lâche : « Mes jolies, si les hommes pouvaient tomber enceinte, l’avortement serait un sacrement. »

Aurait-elle voulu revendiquer la maternité de cette phrase ? Je l’ignore, mais je regrette de ne pas lui avoir demandé son nom. Lorsque Flo et moi racontons l’histoire au cours de nos interventions, la déclaration de cette femme se répand sur des T-shirts, des badges politiques, des murs de cliniques et des pancartes de manifestations, de Washington au Vatican, de l’Irlande au Nigeria.

Son travail de community organizer, où elle planifie des conférences à travers les Etats-Unis, principalement dans des Universités mais pas que, est absolument passionnant car il permet de créer un contact humain, de rassembler des gens autour d’une même cause pour créer un sentiment de communauté, favoriser un espace d’échange pour approfondir des idées ou encore essayer de convaincre des personnes plus réfractaires. C’est une vocation pacifiste mais qui n’empêche par les débordements des contestataires notamment sur la question de l’avortement où Gloria Steinem s’est très régulièrement faite traitée de « baby killer ».

Par ailleurs, j’ai aussi remarqué que, quand le public est également réparti entre les sexes, les femmes ont tendance à se préoccuper des réactions des hommes autour d’elles. En revanche, si elles forment les deux tiers de l’assistance, elles se comportent comme elles le feraient entre elles, et les hommes peuvent les entendre parler avec sincérité. De même, lorsque les personnes racisées constituent la majorité plutôt que l’inverse, c’est en les écoutant que les spectateurs blancs s’instruiront le mieux.

L’autrice nous montre l’envers du décor de son métier, les difficultés comme les joies rencontrées. Elle montre aussi comment certains de ses propres préjugés ont été déconstruits ou encore toutes les contradictions et les souffrances qu’elle a pu déceler chez les femmes et les hommes qu’elle a rencontrés (certaines histoires sont vraiment bouleversantes).

Au travers de ce livre, j’ai pu découvrir une femme admirable, forte et sensible à la fois, mais aussi l’histoire des Etats-Unis, de ses populations et de sa diversité, de ses injustices et de ses combats. On découvre tout cela au travers du regard de l’autrice et, grâce à son humilité et son écoute, au travers du regard de nombreuses autres personnes. Toutes ces histoires et anecdotes sont principalement centrées autour des Etats-Unis (mais pas que), pourtant elles peuvent s’étendre et/ou donner un aperçu de ce qu’il se passe ailleurs dans le monde que ce soit en matière de misogynie, de racisme, d’homophobie ou d’injustice sociale.

Personnellement quand j’étais en colère, je pleurais, puis je ne me souvenais plus de ce qui m’avait fâchée. Plus tard, je découvrirais que c’était un mal endémique chez les femmes. La colère étant censée de pas être « féminine », nous tendons à l’ignorer, jusqu’à ce qu’elle déborde.

Ce n’est bien sûr que le regard et la vie d’une seule femme mais elle a vu et vécu tellement de choses que ses mémoires se retrouvent porteuses d’une richesse infinie qui m’ont permis d’amorcer pleins de réflexions.

Je vous recommande absolument cette lecture passionnante et n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaire si vous l’avez lu !

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