Adolescence et désillusions – Le blé en herbe de Colette


Synopsis : « Tous les étés, Philippe et Vinca se retrouvent en Bretagne dans une maison qui abrite leurs jeux et leur insouciante complicité. Mais l’enfance disparaît, laissant place à l’adolescence et aux sentiments troubles et nouveaux qui appartiennent à cet âge. La souffrance, la trahison et une mystérieuse dame en blanc viennent rompre la fidélité de Phil et troubler l’âme limpide de Vinca. »


Deuxième roman de Colette lu et deuxième coup de cœur. Après avoir découvert l’autrice avec le film éponyme et son roman La vagabonde, j’avais très envie de continuer cette rencontre.

Avec Le blé en herbe, on revient à l’adolescence avec deux personnages, Philippe et Vinca, respectivement de 16 et 15 ans. Ce sont des amis d’enfance qui se connaissent très bien et qui voguent entre amitié et amour. Avec l’âge et l’arrivée de relations plus charnels, les choses changent et ils ne sont plus sûrs de s’y retrouver.

On vit l’histoire plutôt au travers du regard de Phil même si le personnage de Vinca reste très présent. C’est lui qui sera attiré par « la dame en blanc », femme perturbatrice et envoûtante qui lui fait reconsidérer sa vie entière. J’ai beaucoup aimé le regard de ce jeune homme, sa sensibilité et son innocence qui sont mis à l’épreuve et s’effritent. Il aime Vinca mais il ne sait pas comment l’aimer, les choses lui semblaient simples avant et elles deviennent plus compliquées.

Une comparaison, que des heures d’amour caché, là-bas, à Ker-Anna, ne lui avaient point inspirée, commençait ici, comparaison qui n’atteignait pas encore la personne de Vinca, Vinca religion de toute l’enfance, Vinca délaissée respectueusement pour la dramatique et nécessaire ivresse d’une première aventure.

J’ai beaucoup aimé les descriptions de Vinca. Elle, ne semble pas aussi perturbée, elle reste la jeune fille un peu sauvage qu’elle a toujours été, une femme forte en devenir qui aime Philippe et l’observe de loin dans sa confusion. Mais le tonnerre gronde aussi en elle et bien qu’elle semble plus mature en un sens, elle reste encore attachée à l’enfance.

Ces deux personnages situés à un âge charnier de leur adolescence m’ont émue et imprégnée de leurs questionnements, joies simples et désillusions. L’écriture magnifique, légère et travaillée de Colette m’a entraînée dans un été de campagne en Bretagne, au bord de la mer. C’est un roman nostalgique et poétique, avec des descriptions de paysages immersives, des personnages complexes et très intéressants.

D’un signe de tête hautain, la Pervenche, Vinca aux yeux couleur de pluie printanière, répondit qu’elle allait, en effet, à la pêche. Son chandail reprisé en témoignait, et ses espadrilles racornies par le sel. On savait que sa jupe à carreaux bleus et verts, qui datait de trois ans et laissait voir ses genoux, appartenait à la crevette et au crabe. Et ces deux havenets sur l’épaule, et ce béret de laine hérissé et bleuâtre comme un chardon des dunes constituaient-ils une panoplie de pêche, oui ou non ?

Les adultes sont très peu présents dans l’histoire, ils apparaissent de temps à autre au travers de dialogues courts, tels des ombres qui n’auraient rien à voir avec les adolescents, les renfermant dans un monde rien qu’à eux. Le seul autre personnages avec une forte présence est « la dame en blanc », nom mystérieux qui découvrira quelque peu, mais pas totalement, une femme plus âgée qui porte un intérêt particulier à Philippe. Ce personnage intervient comme un élément perturbateur mais je l’ai tout de même appréciée et trouvée intéressante (bien qu’elle reste entourée de mystère).

La mer déserte, d’un bleu-noir d’hirondelle, dormait, et quand les dîneurs se taisaient, on entendait le petit flux lassé et régulier des marées de morte-eau. Philippe chercha, entre les Ombres, le regard de Vinca, pour éprouver la force de fil invisible qui les liait l’un à l’autre depuis tant d’années et les préservait, exaltés et purs, de la mélancolie qui accable les fins de repas, les fins de saison, les fins de journée.

Le blé en herbe est un roman court qui m’a fait beaucoup de bien, que j’ai savouré et que je pourrais relire avec plaisir. Bien que les sujets et surtout l’âge des personnages ne soient pas les mêmes, j’ai retrouvé des similitudes avec La vagabonde dans le style d’écriture que j’adore, les descriptions des paysages et des femmes ainsi que les réflexions immersives. Je pense que Colette est une autrice que je vais très certainement adorer et il me tarde de découvrir d’autres de ses œuvres.

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