Vouloir toujours plus – Au Bonheur des Dames d’Emile Zola


Synopsis : « Au coeur d’un Paris bouleversé par les grands travaux haussmanniens se dresse le Bonheur des Dames, immense magasin de nouveautés. Denise, pauvre vendeuse provinciale échouée dans la capitale avec ses deux frères, est fascinée par cette flamboyante machine à vendre que dirige l’audacieux Octave Mouret…

Dans un contexte marqué par la fin du Second Empire et les débuts de la IIIe République, Émile Zola, fasciné par la modernité des grands magasins, dépeint une société en mutation. »


J’ai vraiment adoré me plonger dans l’univers parisien des grands magasins dépeint par Emile Zola dans les années 1860. C’est le deuxième roman de la série des Rougon-Macquart que je lis, après son premier tome La Fortune des Rougon.

On y suit Denise Baudu, une jeune provinciale au début de sa vingtaine qui monte sur Paris avec ses deux jeunes frères après la mort de leurs parents pour rejoindre leur oncle et démarrer une nouvelle vie. Denise est un personnage que j’ai adoré, elle n’a presque rien en arrivant sur Paris et se démène contre la capitale pour survivre et ne pas se faire engloutir par la foule de travailleurs ambitieux comme elle.

Maintenant, telle était sa vie. Il lui fallait sourire, faire la brave et la gracieuse, dans une robe de soie qui ne lui appartenait point ; et elle agonisait de fatigue, mal nourrie, mal traitée, sous la continuelle menace d’un renvoi brutal. Sa chambre était son unique refuge, le seul endroit où elle s’abandonnait encore à des crises de larmes, lorsqu’elle avait trop souffert durant le jour.

Le lieu au centre du roman est bien évidemment le magasin « Au Bonheur des Dames », un grand complexe proposant en masse des tissus, du prêt-à-porter (grande nouvelle de l’époque), des accessoires… à prix très réduits. Ce magasin tenu par le très ambitieux Mr Mouret représente donc une concurrence écrasante pour les petits commerçants spécialisés dans une partie de la marchandise proposée par le Bonheur des Dames (que ce soit des parapluies, des chaussures, de la lingerie, de la couture…). Tous ces commerces, leurs patrons et leurs salariés se voient engloutir par le géant décrit comme une machine inarrêtable par Zola.

Mais la chaleur d’usine dont la maison flambait, venait surtout de la vente, de la bousculade des comptoirs, qu’on sentait derrière les murs. Il y avait là le ronflement continu de la machine à l’œuvre, un enfournement de clientes, entassées devant les rayons, étourdies sous les marchandises, puis jetées à la caisse. Et cela réglé, organisé avec une rigueur mécanique, tout un peuple de femmes passant dans la force et la logique des engrenages.

Comme dans La Fortune des Rougon, on suit des personnages et leur histoire mais c’est aussi et surtout tout un monde et toute une période historique que l’on découvre. L’auteur fait des descriptions incroyablement précises et subtiles des foules, des magasins, des ambiances. On s’y croit vraiment.

Et toutes ces descriptions de différents milieux sociaux qui se croisent, de ces travailleurs et patrons, de ces changements économiques et commerciaux soulèvent des questions. L’auteur n’apporte pas de jugements ni de réponses, il décrit seulement les réalités sociales et les conséquences de cette nouvelle façon de vendre et de consommer.

En effet, comment aujourd’hui, en lisant ce roman, ne pas penser à tous nos grands magasins dont les rouages se sont extrapolés près d’un demi-siècle plus tard ? C’est aujourd’hui la norme mais cette norme est encore et toujours remise en question pour ces conséquences sociales désastreuses.

Etait-ce humain, était-ce juste, cette consommation effroyable de chair que les grands magasins faisaient chaque année ? Et elle plaisait la cause des rouages de la machine, non par des raisons sentimentales, mais par des arguments tirés de l’intérêt même des patrons. Quand on veut une machine solide, on emploie du bon fer ; si le fer casse ou si on le casse, il y a un arrêt du travail, des frais répétés de mise en train, toute une déperdition de force.

Si la description des femmes peut sembler caricaturale dans la frénésie des achats, les commérages et les querelles, l’auteur y ajoute beaucoup de subtilité avec des personnages complexes et très bien développés selon moi.

Denise est un personnage fascinant car elle va partir de loin et grimper les échelons mais sans jamais oublier d’où elle vient. Elle doute et manque de confiance en elle mais peut aussi se montrer incroyablement forte et déterminée. Elle est entourée de toute une flopée de personnages avec chacun leur propre histoire et leurs propres tourments. Mr Mouret, le directeur du Bonheur des dames est un homme très charmant et amical mais par-dessus tout assoiffé de pouvoir et avec une volonté implacable de faire ses preuves. Il a quelque chose de touchant mais on ressent un passé sombre et douteux et c’est pour cela que j’aimerais lire Pot-Bouille, le tome qui précède au Bonheur des dames et raconte son histoire.

Et vous y voilà ! Tirez donc tout de la femme, exploitez-là comme une mine de houille, pour qu’elle vous exploite ensuite et vous fasse rendre gorge !… Méfiez-vous, car elle vous tirera plus de sang et de d’argent que vous ne lui en aurez sucé.

Ce roman est absolument fascinant. Les cinq cents pages coulent toutes seules et j’ai beaucoup appris sur les débuts du système de surconsommation que nous connaissons bien aujourd’hui.

Même si cela reste un roman de Zola et donc qu’il y a des descriptions de misère sociale, ce roman n’est pas déprimant et on le conseille souvent pour découvrir l’écriture et l’univers de l’auteur si cela vous intéresse.

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