L’amitié dans la misère – Tortilla Flat de John Steinbeck


Synopsis : « Que peut-on faire d’une maison – et à plus forte raison de deux – quand, depuis son enfance, on préfère dormir à la belle étoile ? Libre enfant de Monterey, le paisano Danny se sent accablé par son héritage. La rencontre de son ami Pilon lui fournit une solution. Il lui louera une de ses maisons. Pilon recrute Pablo pour payer le loyer dont il n’a pas le premier sou, Pablo à son tour… et de fil en aiguille tous les amis de Danny sont réunis sous un de ses toits. »


Après avoir lu Des souris et des hommes, j’ai voulu continuer à découvrir les écrits de Steinbeck à l’occasion du challenge #1mois1auteurice de Nabolita organisé au mois de juin. J’ai pu lire trois autres des romans de l’auteur : Tortilla Flat, La Perle et Les Raisins de la Colère. On commence avec mon avis sur Tortilla Flat.

J’ai retrouvé dans ce roman la même ambiance que celle dans Des souris et des hommes. On y retrouve des personnages très pauvres, vivant dans la misère et qui rêvent ensemble de plus. Ils sont touchants dans les contradictions et dilemmes qui les habitent : ils survivent dans un milieu pauvre où la violence règne mais essaient aussi de faire le bien. Et là est la question : est-il possible de devenir quelqu’un de « bien » quand on a connu que la misère et la violence ?

C’est mon ami Danny qui possède la maison que j’habite et c’est un homme bon, señor caporal. Il fait bon avoir affaire avec lui, quand on est dans le pétrin. Vois, nous allons chez lui et il nous assurera la protection de son toit.

Six amis proches et moins proches vont se retrouver à partager une petite maison. Ce qui est touchant dans leur cohabitation est qu’ils s’acceptent les uns les autres sans jugement, pour s’entraider. Même si Danny se doute bien que son ami Pilon ne lui paiera pas de loyer, il l’accepte pour ne pas le laisser dormir dehors, et ainsi de suite pour tous les autres. Même s’ils essaient parfois de s’extorquer entre eux et peuvent se battre, ils se protègent et ne franchissent pas une certaine limite. Le milieu dans lequel ils vivent est très dur, chacun survit comme il peut mais ils ne baissent jamais les bras. L’espoir brûle en eux et quand ils commettent un acte « mauvais », ils essaient de se rattraper au nom de leur foi.

Les personnages sont rebutants dans leur physique, leur façon de parler et de traiter les femmes, et pourtant on s’attache à eux, ou du moins on les comprend mieux. Ces hommes et ces femmes n’ont connu que la misère et la violence toute leur vie, et pourtant ils font preuve de bienveillance, d’amitié, d’entraide et d’espoir. C’est d’ailleurs très souvent l’alcool qui les fait basculer du côté de la violence et de la mesquinerie, mais ils ne peuvent plus s’en passer pour survivre.

Pilon était un mystique et adorait la beauté. Il leva les yeux au ciel et son âme s’évada vers les lueurs du couchant. Le Pilon, pas trop vertueux, qui bagarrait et combinait, qui buvait et jurait, traînait lentement ses savates. Mais un Pilon, pensif et lumineux, s’élevait jusqu’aux mouettes et baignait dans leurs ailes sensibles dans la pureté du soir. Ce Pilon-là était beau et ses pensées, pures de tout égoïsme ou de convoitise.

Les personnages aspirent à une vie simple que la maison de Danny peut leur offrir. C’est un roman dur où l’espoir essaie de s’épanouir dans le désespoir et ces deux sentiments se combattent sans relâche.

Steinbeck nous offre ici encore une fois le portrait d’un milieu social miséreux en Californie durant la Dépression avec des hommes qui essaient d’aspirer à mieux que ce qu’ils ont, mais qui ont aussi peur de changer et ne savent pas comment faire pour être heureux. Leur ignorance, leur désarroi et leurs émotions bruts contrebalancent l’aridité et l’inflexibilité du monde dans lequel ils vivent. C’est un roman qui donne espoir en une humanité qui dépasserait le cadre social dans lequel on naît.

– Ce n’est pas la première fois, reprit Pilon. Quand on est pauvre, on pense : « Si j’avais de l’argent, je le partagerais avec mes amis. » Mais que cet argent tombe du ciel, la charité s’envole. Voilà ce qui en est, ô toi qui fus mon ami. Tu es maintenant élevé au-dessus de tes amis. Tu es un possédant. Tu oublieras tes amis qui ont tout partagé avec toi, même leur brandy.

Ces mots bouleversèrent Danny.

– Pas moi, se récria-t-il, je ne t’oublierai jamais, au grand jamais, Pilon.

Le style d’écriture est simple et va droit au but, l’auteur réussit vraiment à créer une atmosphère particulière et inoubliable que j’ai très bien ressentie dans les deux premières œuvres que j’ai lues. J’ai préféré Tortilla Flat à Des souris et des hommes car le roman est plus long et m’a permis de plus rentrer dans l’histoire et m’imprégner des personnages. Tout comme ce dernier, c’est un livre que je conseille absolument pour découvrir les écrits de Steinbeck.

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