Argent et convoitise – La Perle de John Steinbeck


Synopsis : « Dans la ville, on raconte l’histoire d’une grosse perle – comment elle fut trouvée, puis perdue à nouveau ; l’histoire de Kino, le pêcheur, de sa femme Juana et de leur bébé Coyotito. Et comme l’histoire a été si souvent racontée, elle est enracinée dans la mémoire de tous. Mais, tels les vieux contes qui demeurent dans le cœur des hommes, on n’y trouve plus que le bon et le mauvais, le noir et le blanc, la grâce et le maléfice – sans aucune nuance intermédiaire. »


Ce court roman est assez différent des deux premiers que j’ai lu de Steinbeck (Des Souris et des Hommes, Tortilla Flat). On sent une écriture plus mature et soignée dans la description des paysages et des personnages, et l’atmosphère générale n’est plus la même. Les thèmes de la pauvreté et de l’ascension sociale sont toujours au centre mais le roman est ici écrit plutôt comme un conte ancestral à transmettre.

La grève était de sable jaune, mais sur le rivage s’alignait un collier d’algues et de coquillages. Les crabes écumaient et crachotaient au fond de leurs trous dans le sable et, dans les flaques, les petits homards gigotaient et bondissaient hors de leurs refuges sur la frange d’algues et de graviers. Le fond de la mer grouillait d’être rampants, nageants et croissants. Les algues brunes flottaient dans les courants légers, les anguilles vertes s’y faufilaient, et les petits hippocampes s’accrochaient aux tiges.

L’écriture et l’atmosphère m’ont étrangement rappelé celles des romans de Laurent Gaudé et je ne m’y attendais vraiment pas ! J’ai aimé cette histoire où les personnages principaux sont des indiens d’Amérique. Persécutés et mis à l’écart, ils restent fiers de leur culture et de leurs valeurs et l’on sent bien une scission avec les américains colonisateurs. La Perle (significatrice de richesse ici) va se glisser entre eux et démontrer à quel point elle peut rendre les hommes mauvais (ou encore plus mauvais qu’ils ne le sont déjà).

Le rêve de Kino pour son fils – de pouvoir l’éduquer, lui offrir un avenir et lui permettre d’acquérir le pouvoir par la connaissance – est très noble, mais des personnes (on ne sait pas vraiment qui, comme si les amis se confondaient avec les ennemis) vont vouloir à tout prix la lui voler.

Kino sentit sa haine et sa rage se changer en peur. Il ne savait pas et peut-être ce docteur savait-il. Et il ne pouvait pas se permettre d’opposer son ignorance certaine à la connaissance possible de cet homme. Il était traqué, comme ceux de sa race l’étaient toujours et le seraient encore jusqu’au jour où – comme il l’avait annoncé – ils pourraient s’assurer que ce qui est dans les livres y est vraiment.

On ressent encore une fois la force indestructible du destin qui empêchent les défavorisés d’acquérir plus que ce qu’ils ont. Le destin semble sans cesse les remettre à leur place et c’est terrible. Kino espère mieux pour son fils et pour son peuple, pour qu’ils puissent un jour discerner le vrai du faux grâce à des connaissances qu’ils ne possèdent pas, et ne plus se faire avoir par les Blancs.

Il y a une tension constante dans le roman à partir du moment où il trouve la Perle, car elle fait sans cesse l’objet de convoitise qui mènent parfois à la folie (et même à celle de Kino). Ce roman contient plus d’action que Des souris et des hommes ou Tortilla Flat. Le personnage principal essaie activement d’échapper à son destin et de changer le court des choses. Tout se précipite dans un flou où l’on ne distingue plus ses amis de ses ennemis et où la paranoïa s’installe. Des questions restent d’ailleurs en suspens à la fin bien que l’on se doute des réponses.

La nouvelle avait éveillé un sentiment noir et diabolique dans la ville, et cette sombre mixture était comme le scorpion, ou comme la faim exaspérée par l’odeur des victuailles, ou la solitude quand l’amour se refuse. Les poches à venin de la ville se mirent à sécréter le poison et la cité entière s’enfla sous sa poussée.

C’est un roman intéressant et bien écrit qui fait réfléchir sur la nature humaine, le rapport à l’argent et l’accès à l’éducation comme pouvoir. La nature y est très présente, comme observateur mais aussi acteur, car c’est elle qui a fourni la Perle au départ.

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