Vivre avec ses émotions – Kitchen de Banana Yoshimoto


Synopsis : « Que faire à vingt ans, après la mort d’une grand-mère, quand on se retrouve sans famille et qu’on aime les cuisines plus que tout au monde ? Se pelotonner contre le frigo, chercher dans son ronronnement un prélude au sommeil, un remède à la solitude. »


Kitchen fait maintenant partie de mes romans préférés. Moi qui ne lis pas beaucoup de littérature japonaise, j’avais envie de plus la découvrir et Kitchen, qui est apparemment un classique de la littérature contemporaine, m’a attirée.

C’est un court roman suivi d’une nouvelle, « Moonlight Shadow », qui ne lui est pas liée mais possède une atmosphère similaire.

Dans Kitchen, on suit Mikage, une jeune fille de vingt ans qui vient de perdre sa grand-mère. Elle se retrouve perdue et sans repère, puis un jeune garçon qui connaissait son aïeule va lui proposer de venir vivre avec lui et sa mère, le temps pour elle de se remettre sur pieds.

Ce qui m’a plu par-dessus tout dans ce roman est l’écriture et l’atmosphère qui s’en dégagent. On explore ici le deuil et l’errance avec beaucoup de nostalgie et de douceur. Les petites choses donnent vie aux émotions et redonnent espoir. Par exemple, Mikage est passionnée par les cuisines. Pas seulement par le fait de préparer des repas, mais par la pièce en elle-même. Elle s’y sent bien et peut s’y ressourcer.

Ce lieu où traînent des épluchures de légumes, où les semelles des chaussons deviennent noires de crasse, je le vois étrangement vaste. Un énorme réfrigérateur s’y dresse, rempli de provisions suffisantes pour tenir facilement tout un hiver, et je m’adosse à sa porte argentée. Parfois je lève distraitement les yeux de la cuisinière tâchée de graisse ou des couteaux rouillés : de l’autre côté de la vitre brillent tristement les étoiles.

Les personnages sont vraiment attachants : Mikage et Yûichi ont le même âge et traverse les mêmes épreuves, ne sachant que faire de leur avenir et comment gérer tout ce qu’ils ressentent. Ils laissent d’ailleurs leurs émotions trop lourdes de côté pour ne plus devenir que l’ombre d’eux-mêmes. C’est ce qui donne selon moi un aspect « léger » à l’histoire sous couvert d’explorer quelque chose de beaucoup plus profond. Eriko, la mère transsexuelle de Yûichi est quant à elle un personnage plus excentrique, à l’allure désinvolte tamisant un personnage lui aussi complexe. C’est une personne très attirante et bienveillante qui permet d’aborder un sujet peu exploité en littérature.

Le monde incroyablement vaste, l’obscurité si noire… Ces derniers temps je venais de frôler du doigts et des yeux, pour la première fois, leur charme et leur tristesse sans limites. Jusqu’à présent, je n’ai vu le monde que d’un seul œil, me suis-je dit.

J’ai vraiment aimé cette façon d’aborder des sujets sensibles avec beaucoup de poésie et de douceur. C’est un roman qui m’a profondément émue.

On retrouve une atmosphère comparable dans la nouvelle qui suit, « Moonlight Shadow ». Satsuki, une jeune femme d’une vingtaine d’année elle aussi, a perdu son copain Hitoshi. Le deuil est encore une fois très présent, comme une brume qui plane. Elle continue d’avancer avec cette douleur lancinante jusqu’à ce qu’elle croise une femme mystérieuse, Urara. Ici, on retrouve des aspects un peu plus énigmatiques qui tendent l’histoire vers le réalisme magique. Sans en dire trop, Urara va permettre à Satsuki d’assister à un évènement qui n’arrive qu’une fois tous les cent ans.

Devant cette fraîcheur, j’ai senti à quel point tout était desséché en moi. Le paysage du printemps n’arrivait pas à pénétrer dans mon cœur. Il voltigeait à la surface, s’y reflétant comme une bulle de savon. Les passants me croisaient d’un air heureux, la lumière jouant dans leurs cheveux. Toutes les choses respiraient, leur éclat s’intensifiait, nourri par les doux rayons du soleil. Dans ce beau paysage débordant de vie, je regrettais les rues désolées de l’hiver, le lit à sec de la rivière à l’aube. J’aurais voulu me briser en morceaux et disparaître.

Les personnages sont ici aussi très touchants. On peut facilement s’identifier à eux et on explore leurs émotions avec beaucoup d’empathie.

Au final, j’ai trouvé ces deux histoires étrangement réconfortantes.

J’aimerais lire plus de littérature japonaise alors si vous avez des recommandations n’hésitez pas !

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