Une quête d’identité maudite et mélancolique – Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami


Synopsis : « Kafka Tamura, quinze ans, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIème siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain. »


La lecture de Kafka sur le rivage m’a profondément marquée, j’ai vraiment passé d’excellents moments. Je pense que pour l’apprécier il ne faut pas avoir d’attentes particulières et accepter de ne pas tout comprendre. Les avis que j’avais vus étaient tous plutôt positifs mais il était souvent difficile de donner un résumé à l’histoire ou même un synopsis, ce que je comprends maintenant. C’est sûrement mieux de toute façon de ne pas savoir dans quoi on s’embarque.

C’est un fait, tu vas réellement devoir traverser cette violente tempête. Cette tempête métaphysique et symbolique. Mais, si symbolique, si métaphysique qu’elle soit, ne te méprends pas : elle tranchera dans ta chair comme mille lames de rasoirs affûtées. Des gens saigneront, et toi aussi tu saigneras. Un sang chaud et rouge coulera. Tu recueilleras ce sang de tes mains : ce sera ton sang, et le sang des autres. 

Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. Tel est le sens de cette tempête.

Pendant tout le récit, je ne savais pas où j’allais. Je pouvais faire quelques suppositions, mais très vite j’ai abandonné pour simplement me laisser guider. Je ne sais pas trop comment parler de ce livre. Il est très bien écrit, avec de belles descriptions, des introspections, des réflexions, de l’action, des scènes crues aussi… Il n’y pas eu de moments plats ou ennuyeux pour moi, alors que le livre fait 640 pages (juste une scène de torture de chats abominable dont j’ai dû sauter les quelques pages). C’est un monde assez chaotique où la frontière entre rêve et réalité se fait floue, où les personnages semblent profondément vivants et attachants mais aussi intangibles. A chaque fois que j’essayais de comprendre, de donner un sens, l’histoire m’échappait, comme de l’eau qui coule entre les doigts et c’est peut-être ça le but. C’est cela qui fait toute la beauté du roman pour moi.

On pourrait tout de même catégoriser ce roman dans les romans d’initiation car le personnage principal Kafka Tamura, un garçon de quinze ans, entreprend un voyage à la recherche de lui-même, tout comme le vieux Nakata, un homme amnésique suite à un accident et aux capacités limitées (du moins le croit-on). On alterne entre les histoires et points de vue de ces deux personnages qui semblent n’avoir rien en commun mais dont la destinée devient étroitement mêlée. Les deux autres personnages secondaires qui vont les assister, Oshima et Hoshino, sont tout aussi remarquables et attachants. Ils apportent des réflexions intéressantes sur la société car Oshima est un homme dans le corps d’une femme et Hoshino est un chauffeur routier qui semble avoir perdu son innocence d’enfant mais se retrouve douée d’une grande sensibilité.

En tendant l’oreille aux sons coulants et pleins d’élégance du violoncelle de Fournier, le jeune homme laissa son esprit errer parmi ses souvenirs d’enfance. Il se rappela l’époque où il allait tous les jours à la rivière, près de chez lui, pêcher des loches. « C’était une époque sans soucis. Je prenais chaque jour comme il venait, j’étais quelqu’un. Ça se faisait tout naturellement. Mais un beau jour tout s’est arrêté. Et la vie m’a réduit à n’être personne. Drôle d’histoire. L’homme naît pour vivre, non ? Pourtant, plus le temps passait, plus je perdais ce qui constituait mon noyau intérieur, jusqu’à avoir l’impression d’être devenu complètement vide. »

Les aventures dans lesquelles s’embarquent ces personnages sont très brouillées et semblent sans but pendant la majorité du récit. Pourtant, tout est parfaitement filé et orchestré, et c’est ce qui fait que je me suis sentie aussi immergée et que j’ai pu suivre la lecture avec passion et sans réelles attentes. Juste profiter de la beauté des moments et des phrases. Car le style était pour moi aussi très beau. Simple mais avec beaucoup de métaphores, de sens caché, de contemplation, de mélancolie.

Je fermes les yeux, essaie de trouver mon propre centre. Il est recouvert de ténèbres irrégulières, aux bords effilochés. Puis ces nuages sombres se déchirent, et les feuilles des cornouillers scintillent, telles des milliers de lames dans le clair de lune.

J’ai vraiment adoré ce roman qui restera une de mes lectures marquantes, sûrement inclassable dans ma mémoire.

Et vous, vous l’avez lu ? J’aimerais beaucoup avoir votre avis dessus !

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