Déchirement intérieur : Confession d’un masque de Mishima


Synopsis : Dans ce roman aux résonances autobiographiques, Mishima a peint un personnage qui se bat continuellement contre ses penchants homosexuels. Il cherche à les dissimuler aux autres et à lui-même. Le récit de son amour pour la sœur d’un de ses camarades nous conduit, à travers les années d’enfance et d’adolescence, vers un dénouement désespéré.


Mon premier coup de cœur de cette année est arrivé bien rapidement. Je voulais vraiment découvrir cet auteur japonais dont j’ai tant entendu parlé, et le livre souvent conseillé pour commencer est l’un de ses premiers romans et l’autobiographie de sa jeunesse : Confession d’un masque.

Quoiqu’il en fût, il y avait une chose que j’étais convaincu d’avoir vu nettement, de mes propres yeux. C’était le rebord du cuvier dans lequel on m’avait donné mon premier bain. Un cuvier tout neuf, dont la surface de bois soigneusement rabotée était fraîche et lisse comme la soie ; et quand je regardais de l’intérieur, un rai de lumière venait frapper le rebord, où il formait une tache. Le bois ne brillait qu’à cet endroit et il avait l’air d’être en or. Des langues d’eau vacillantes semblaient s’efforcer de lécher la tache sans jamais parvenir à l’atteindre. Et, soit à cause d’un reflet, ou parce que le rai de lumière coulait aussi dans le cuvier, l’eau, au-dessus de cette tache sur le rebord, luisait doucement et de menues vagues brillantes semblaient sans cesse s’y cogner la tête…

Ce livre m’a bouleversée et m’a brisé le cœur. Bien que ce ne soit jamais clairement dit, ce roman est bien reconnu comme l’histoire de son auteur, centrée autour de la découverte et de l’appréhension de son homosexualité. Mishima ne fait d’ailleurs jamais référence au mot « homosexuel », mais plutôt à des pensées sordides, des mauvaises habitudes… qui sont sans cesse dépréciées, refoulées, étouffées. Ce n’est pas du tout un roman sur l’homosexualité en soi, mais sur le combat intérieur que cela a développé chez le narrateur, le fait de se sentir si différent, presque comme un monstre, la difficulté de vivre, de ne pouvoir être lui-même et de devoir porter un masque en permanence.

Je compris. Les larmes me brouillèrent la vue.

Qu’avais-je compris à ce moment ou qu’étais-je sur le point de comprendre ? Le thème des années ultérieures – ce « remords comme prélude au péché » fit-il alors pour la première fois son apparition ? Ou bien ce moment me montrait-il combien mon isolement paraitrait grotesque aux yeux de l’amour, et en même temps apprenai-je, par l’envers de la leçon, mon incapacité à accepter l’amour ?…

Ce sont tous ces déchirements intérieurs qui m’ont profondément émue. Le narrateur a des fantasmes assez perturbants mêlés de sang, de boue et de sueur et ne peut les refouler. Ils le font souffrir et le réconfortent à la fois. Il essaie de vivre comme tout le monde, de sauver les apparences, mais c’est bien dans ces moments de déchirements et de mise à nue qu’il se fait le plus touchant et le plus humain.

On ressent bien tout le contexte historique de guerre qui entoure la narration et alimente les envies de mort du personnage. Alors qu’il grandit et qu’il murit, il n’aura de cesse d’espérer un jour devenir « normal », et développer du désir pour les femmes, de pouvoir en parler naturellement comme ses amis. Un espoir vain qui atteindra son point culminant dans sa relation avec la sœur d’un ami, Sonoko. C’est un amour impossible bouleversant dans lequel l’auteur essaie de les enfermer tous les deux pour essayer de se convaincre et de convaincre les autres.

Vers cette époque, je commençai à comprendre vaguement le mécanisme d’un fait : Ce que les gens considéraient comme une attitude de ma part était en réalité l’expression de mon besoin d’affirmer ma vraie nature et c’était précisément ce que les gens considéraient comme mon moi véritable qui était un déguisement.

Le style de Mishima ici est un des plus beaux que j’ai pu lire. Il y a des passages de descriptions de sentiments et d’images magnifiques que j’aurais envie de lire encore et encore. Je trouve cela incroyable que ce livre si honnête et brutal ait été publié en 1949 au Japon, un pays rigide et conservateur, par un auteur aussi jeune (24 ans à l’époque). Il a bien évidemment fait scandale, et la figure de Mishima est toujours très controversée aujourd’hui pour diverses raisons. C’est un auteur qui m’a en tout cas fascinée et émue tout au long de ce roman et que j’ai hâte de continuer à découvrir dans d’autres de ses œuvres.

Les émotions n’ont aucun goût pour l’ordre établi. Au contraire, telles de minuscules particules dans l’éther, elles voltigent librement, flottant à l’aventure et préfèrent demeurer à jamais vacillantes…

Est-ce que vous connaissez Mishima ? Avez-vous lu l’un de ses écrits ?

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