Un goût amer dans la douceur de l’été – N.P de Banana Yoshimoto


Synopsis : « Un écrivain japonais célèbre, émigré aux États-Unis, se suicide en laissant un recueil de nouvelles écrites en anglais. Le livre ne sera jamais publié au Japon : chaque traducteur commençant la quatre-vingt-dix huitième nouvelle meurt. Au cours d’un été étrange, Kazami, l’amie du dernier traducteur, découvrira la vérité. »


Après l’énorme coup de coeur qu’avait été pour moi Kitchen, j’avais très envie de découvrir d’autres écrits de Banana Yoshimoto, bien qu’ils soient moins connus et plébiscités.

J’ai beaucoup aimé N.P. J’y ai retrouvé ce style si particulier qui m’avait charmée, dans une atmosphère toutefois différente. On y suit Kazami, une diplômée d’anglais travaillant à l’Université, ancienne petite amie du dernier traducteur d’un recueil de nouvelles mystérieux. Car tous les traducteurs qui commencent à en traduire la quatre-vingt-dix-huitième nouvelle se suicident. On dirait le début d’un roman policier mais ce n’est pas du tout ça. C’est plutôt le récit d’un été avec les personnages qui entourent cette mystérieuse nouvelle et sa traduction : l’ancienne compagne du traducteur suicidé et les enfants de l’auteur.

Le paysage du soir, où se fondaient bonheur et mélancolie, s’est alors figé dans l’éternité – comme si mon regard, prenant soudain de la distance, devenait celui d’un dieu.

Ils vivent des choses difficiles nimbés d’une atmosphère souvent oppressante avec beaucoup de détachement. Ils parlent de leurs sentiments en utilisant des images et pleurent sans vraiment s’en rendre compte. C’est le style si léger et poétique de l’autrice qui arrive si bien à retranscrire ses paradoxes, la légèreté de traiter des sujets lourds, de s’en détacher pour les décrire et presque les apprécier. C’est comme une brume qui flotterait en permanence dans ce roman, une brume éclairée par le soleil de l’été. Cette saison qui constitue la durée du roman et très importante pour le personnage principal et donne une certaine saveur à l’histoire ; on fait souvent référence au soleil, à la chaleur, la brise et les glaces rafraîchissantes, les shorts, les tee-shirts… La ville en été joue beaucoup aussi : les personnages, surtout Kazami et Sui s’y promènent souvent.

Arrêt brusque, en marge du rythme de la vie quotidienne. Comme je regardais les voitures et les quelques rares passants, le monde m’est apparu soudain avec une étonnante netteté. Les lampadaires s’étiraient vers l’horizon, beaucoup plus hauts que d’habitude, très proches du ciel ; les phares des voitures semblaient plus colorés. Avec le même éclat se détachaient aussi les klaxon,

les aboiements des chiens dans le lointain,

les divers bruits de la rue, les voix des gens,

le martèlement des chaussures.

Et le vent qui soufflait sur le rideau de fer.

Tiédeur de l’air. Sous nos doigts l’asphalte gardait encore la chaleur de la journée. Odeur de l’été à demi en allé.

Les personnages semblent assez plats dans leurs actions et leurs réactions, presque détachés de leur propre vie, mais les dialogues et les descriptions, les liens qui les unissent entre eux et à l’environnement qui les entourent, et leur façon de regarder le monde les rendent très touchants. Le personnage de Sui est un personnage central qui intrigue et fascine, de façon malsaine par moment. Elle apporte un sentiment d’oppression à l’histoire car elle est imprévisible et on ne sait jamais ce qui va advenir de la suite à cause d’elle. Les histoires d’inceste, de suicide, de mort flottent tout au long du roman et lui apportent un côté amer dans la douceur de l’été.

« Et pour toi ? La vie est belle ?

– Oui, très belle. »

Et c’était vrai. Je percevais avec tendresse, au fond de moi, la présence du temps qui s’écoulait.

Bien que j’aie préféré Kitchen, j’ai beaucoup aimé N.P dont l’atmosphère et les personnages sont restés vaguer dans mon esprit pendant quelques temps après avoir refermé le livre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s